Description
Au crible
Anaëlle Lebovits-Quenehen
En février dernier, la Haute Autorité de santé (HAS) publiait ses nouvelles recommandations. Parmi elles, une en particulier fait scandale dans le champ psy : les approches psychanalytiques s’y trouvent rétrogradées de « non consensuelles » à « non recommandées » pour les troubles du spectre de l’autisme. La chose est d’autant plus surprenante qu’aucune nouvelle étude ne vient justifier ce changement. Quand on sait en quoi consiste l’approche psychanalytique auprès des personnes autistes, cela semble proprement aberrant !
Dans les faits, cette « non recommendation » revient tout bonnement à rendre les approches psychanalytiques inapplicables sur le terrain. L’absence de moyens pour recevoir dignement les autistes est telle en effet, qu’on n’y pratique que les approches recommandées par la HAS, ou du moins, celles qui ne sont pas « non recommandées ». Or, autre aberration pour les acteurs de terrain, parmi les approches recommandées, certaines sont considérées comme nocives, voire dangereuses.
Ce numéro est donc fait pour passer la HAS aux rayons X, rendre compte de son fonctionnement et détailler ses méthodes, celles-là mêmes qui ont conduit à une décision aussi grave que prohiber l’inspiration psychanalytique des traitements pour les autistes.
La situation est d’autant plus préoccupante que d’aucuns s’appuient sur cette recommandation pour étendre, par voie de réglementation, la « non recommendation » concernant l’autisme infantile à tous les troubles du neurodéveloppement qui englobent dorénavant quasiment tous les diagnostics infantiles. Autrement dit, les approches psychanalytiques n’ont plus droit de cité dans le champ de la pédopsychiatrie et du médico-social, alors même qu’elles ont été, et sont encore, un facteur décisif d’humanisation des traitements pour ceux qui souffrent. Les formations universitaires et professionnelles s’en font elles aussi déjà l’écho dramatique en les prohibant à leur tour.
Or, en quoi consiste cette approche non recommandée ? C’est aussi ce que ce numéro du Forum des psys s’attache à montrer de deux façons. D’abord, en répondant point par point aux propos tenus par Lionel Collet, président de la HAS, devant la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, le 13 mai 2026. Un certain nombre de ces propos appelaient précisions, réponses, explications et rectifications. On les trouvera dans ces pages. Ensuite, en publiant les témoignages de professionnels de différentes disciplines et celui de la mère d’un enfant autiste. Chacun d’eux y dit l’importance de l’inspiration psychanalytique dans leur pratique ou leur vie de famille. Ils le font ici très concrètement, en montrant ce qu’a d’essentiel cette orientation dans leur quotidien de professionnels travaillant auprès d’enfants qui souffrent et qu’ils ont la responsabilité et le goût d’aider de la meilleure façon.
Enfin, la Rédaction du Forum des psys est allée à la rencontre de Lionel Collet, président de la HAS, afin qu’il l’éclaire sur cette recommandation – ses conséquences sont si graves. Il l’a accueillie dans les locaux de l’institution, à Saint-Denis. Dans une atmosphère ouverte, la conversation s’est engagée librement, prenant parfois la tournure d’un débat vif. Ce fut l’occasion d’échanger avec lui sur les raisons de cette non recommandation, ses conséquences pour les patients et les praticiens, mais aussi sur son parcours et sur la place de la psychanalyse dans les soins psychiques.
Sommaire
Éditorial
Au crible – Anaëlle Lebovits-Quenehen
LA MÉTHODOLOGIE CONTESTÉE DE LA HAS
La HAS se discrédite – Xavier Briffault & Sébastien Ponnou
Tenir confidentiels les résultats défavorables – Jean-Claude Maleval
Penser sous la tyrannie absurde de l’EBM – Albert Ciccone
Quelques angles morts – Bruno Falissard
Le mythe des programmes probants – Xavier Briffault
Le charme pas si discret du scientisme d’État – François Brunet
La HAS sous emprise du neuro-essentialisme – Albert Ciccone
Les experts de la HAS : triés sur le volet – Grégory Voix
Comment la HAS ne respecte pas ses propres règles – François Gonon
Psychanalyse : que disent les études scientifiques ? – Thomas Rabeyron
PORTRAIT
Marcher dans les clous avec Claire Compagnon – France Jaigu & Gabrielle Vivier-Amici
RÉPONSES AU PRÉSIDENT DE LA HAS
Comment la psychanalyse opère avec l’autisme infantile – Anaëlle Lebovits-Quenehen & Alice Delarue
NOTRE AVENIR ?
L’autisme : un nouveau marché très lucratif en perspective – Éric Zuliani
UNE INSPECTION QUI FAIT SCANDALE
Les dessous de l’affaire Fondation Vallée – Arthur Dubois
Perte de chance ? Parents : le parcours du combattant – Mireille Battut
ENTRETIEN EXCLUSIF
Lionel Collet, président de la Haute Autorité de santé – Ève Miller-Rose & Anaëlle Lebovits-Quenehen
RECOMMANDATIONS HAS : QUELS IMPACTS ?
La conformité au prix de la qualité – Cécile Wojnarowski
Inspections à charge – Bruno Alivon
Le réel du terrain – Ligia Gorini
La Haute autorité décidément en baisse – Bernard Odier
Une haine peu compatible avec la science – Michel Jurus
Le périmètre exorbitant de la HAS – Deborah Gutermann-Jacquet
Formations : un tournant fort dangereux – Anne Mingus
NÉCESSITÉ DE LA PSYCHANALYSE EN SANTÉ MENTALE
Mathias Gorog, pédopsychiatre
Estelle Habigand, infirmière
Mélanie Tifour, enseignante spécialisée
Marion Figarol, ergothérapeute
Alain Roquejoffre, éducateur spécialisé
Olivier Brisson, psychomotricien
Aurélie-Flore Pascal, orthophoniste
Emmanuel Lacroix, psychologue
Un enfant autiste et sa psychanalyse – Anne-Cécile Nackaerts


